Acoustique sur le quai : « Pour moi je le prends comme une mission………. »

C’est pas à son concert où un festival qu’il se prête au micro, mercredi 23 juillet dernier, c’est plutôt au sein de la station du RER de Châtelet les halles que Laurent Hounsavi distille son talent et sa passion pour la musique aux parisiens en route pour leur domicile.
Lui qui a déjà un parcours à envier, ne se gêne pas de partager ses notes de émoustillement au travers des ses compositions et interprétation acoustique qu’ils chantent, la guitare à la main.
“Je le croise à chaque fois, quand je descends, il me fait kiffer, il fait de la bonne musique”.
“Franchement, il est très doué, il joue bien la guitare, j'aime bien”.
“Moi quand je suis de passage, parfois très pressé, je préfère souvent laisser mes rendez-vous et l'écouter. Ça me donne la chair de poule et la joie ”, des avis que des habitués de la ligne se sont joyeusement empressé de lâcher vis à vis de sa prestation.
Qui est Laurent Hounsavi ?
Bonjour Relax Média, je suis Laurent Hounsavi, artiste et chanteur d'origine béninoise,vivant en France depuis une trentaine d'années. Ma spécialité que je fais, c'est la musique afro-latine.
Depuis quand jouez vous de la musique dans les gares?
J'ai commencé à jouer dans les stations et dans les stations de métro quand j'étais étudiant depuis 1996 . C'était pour joindre les deux bouts. C'était un peu comme ça, puis petit à petit, ça a fait son petit bonhomme de chemin et je suis toujours là.
est-ce vos musiques personnelles que vous jouez ?
Ou ce sont des interprétations? Et est ce que c’est en fonction de l’environnement que vous les choisissez ?
Alors, les musiques que je joue, il y en a qui sont des reprises et il y en a qui sont des musiques personnelles. Mais je joue beaucoup plus de reprises parce que les gens, comme ils passent vite, ça leur parle des musiques connues. Je joue beaucoup de Bob Marley parce que pour moi, c'est l'un des plus grands artistes au monde. C'est mon artiste préféré, Donc, je connais presque tous ses morceaux et je sais que tout le monde, toutes les générations aiment Bob Marley. Je fais de la chanson française, je fais du Koffi Olomidé, du Zaïko Langa Langa. En gros, J'ai un registre assez large et je crois que c'est ça qui plaît beaucoup aux gens aussi ici, dans les transports.
Parlez-nous de l'itinéraire de cette passion ?
Alors mon parcours dans la musique a débuté au Bénin avant que je vienne en France pour la première fois en 1980. J'étais un peu connu au collège, et je suis venu ici pour les études, j'ai fait le bac français, bac normal, ensuite c'était l'Université Paris 12 à Créteil, où j'ai fait l'administration communique sociale et pendant que j'étais à la fac. Je venais jouer ici le matin et l'après-midi. C’est ainsi que petit à petit les gens commençaient à m’apprécier et m’ont dit, mais monsieur avec votre voix pourquoi vous ne faites pas des albums et tout, à l'époque c'était les cassettes.
Donc j'ai fait un premier CD, premier CD quatre titres que j'ai vendus ici, ensuite j'ai fait l'album d’une dizaines de titres, ça m'a ouvert de porte où j'ai joué en Asie, j'ai fait presque toute l'Asie du Sud-Est, Japon, Indonesia, Malaysia, Vietnam, India, Hong Kong, Thaïlande, Bangkok. Tout en jouant sur le quai parce que quelqu'un a acheté mon album sur le quai et a joué là-bas et bref, tout est parti. En dehors de ça, mon album aussi a été joué aux États-Unis, j'ai été pour la première fois aux États-Unis en 2010 où j'ai commencé à jouer là-bas, les gens appréciaient, du coup j'ai eu le visa pour aller vivre aux États-Unis. Et maintenant je fais la navette entre les deux pays.

Avec les différents regards, dont des personnes qui s’arrêtent pour savourer le moment et ceux qui restent indifférents, comment gères tu la réaction des personnes ?
Alors, le regard des gens, je n'y fais pas vraiment attention parce que j'ai l'habitude. Au début, c'était difficile, tout au début parce que j'étais un peu timide au départ. Mais après, avec l'appréciation des gens, je fais fi des autres regards quand des gens ont des regards un peu méprisants. Mais c'est très, très rare. Les gens qui ont des regards méprisants, c'est des gens qui passent mais qui n'ont pas encore bien entendu la musique ni ma voix. Et quand ils finissent d'entendre ma voix, je vois des gens qui passent vite et qui régressent un petit peu derrière.
Je pense que globalement dans 99% des cas, le regard a toujours été très, très positif, très encourageant et très admiratif d'ailleurs.
Tes prestations t’ont déjà apporté des collaborations avec des artistes professionnelles, de grands événements ou des sollicitations de fans admirables ?
Oui mes prestations sur le quai m’ont ouvert des portes et rapporté des opportunités. J’ai déjà été sollicité pour à peu près de 500, 600 mariages ou anniversaire ou peut-être plus. J'en ai tellement fait. Mais le plus marquant de tout ce que j'ai fait, grâce à ma musique sur le quai, parce que comme vous allez voir, sur mon ampli, il y a la fiche avec mon numéro de téléphone, mon contact. Du coup, je suis très régulièrement contacté. Il n'y a pas de week-end où je ne joue pas.
J'ai joué à Toulouse, je n'ai joué à rien. Mais le plus marquant, c'est les hôpitaux, les maisons de retraite, les postes d'entreprise. J'en ai fait beaucoup.
J'ai joué pour EDF, pour AXA.AXA, j'ai joué pour Noël dans une grande salle dans un amphithéâtre. Trois fois, j'ai joué pour AXA.
Et ça, je peux dire que ce sont des cachets quand même assez conséquents. Donc, le fait de jouer sur le quai, ça m'a ouvert beaucoup de portes. Ça m'a fait rencontrer des gens merveilleux.
Et ça m'a fait rencontrer des personnes qui ont été vraiment présentes pour moi, surtout en temps de Covid, où les musiciens, les artistes ont eu du mal. Ces personnes étaient là. Donc, vraiment, si c’est recommencé je recommençait, j'aurais fait le même parcours.
Au-delà de l'aspect financier, qu'est-ce que jouer dans le métro vous a appris sur vous-même, sur la musique, ou sur la nature humaine en général ?
Alors, au-delà de l'aspect financier, jouer sur le quai du RER m'a beaucoup apporté, personnellement.
Déjà, psychologiquement, quand je traverse des moments un peu sombres, des moments difficiles, le fait de simplement venir sur le quai et de jouer, c'est un grand soulagement. D'autres, à certains moments, à ces moments-là, auraient cherché à aller voir un psy.
Donc, moi, avec ma musique, tout va bien. Ça me change complètement les idées. Et en dehors de ça, le fait de jouer, parce qu'il arrive des jours où on joue, et pas forcément vouloir gagner grande grand-chose, mais le seul fait de voir que les gens, ça leur fait plaisir, pour moi, Et ça aussi, le fait de faire plaisir aux gens, ça me fait plaisir à moi aussi, personnellement.
Quels sont les plus grands défis auxquels vous êtes confronté en tant que musicien dans cet environnement unique – le bruit, la fatigue, l'indifférence parfois, ou les conditions météorologiques si vous jouez en extérieur ?
La difficulté que je rencontre sur le quai, c'est que je me fais tout le temps virer, par les agents de sécurité qui surveillent le quai. Les anciens, depuis des années, me connaissent, parce qu'ils me font des contraventions 50 euros régulièrement. Et malgré ça, je reviens toujours.
Depuis 1997, j'ai l'autorisation, le badge, qui permet aux musiciens, après une audition, de jouer dans les transports, mais jamais sur les quais du métro, ni à Châtelet Les Halles. Donc, depuis pratiquement 30 ans, je suis le seul à jouer sur le quai.
Quel est ton objectif en poursuivant cette aventure sur le quai ?
Je crois que j'ai atteint déjà tous mes objectifs. Parce qu'en fait, c'est vrai que le but d'un artiste, c'est d'être mondialement célèbre, etc. Mais en fait, le tout, c'est quoi ? C'est d'être heureux.
Si tu es célèbre et tu es malheureux, ça ne sert à rien la célébrité. Donc, moi, je peux
dire que je suis célèbre à ma manière. En fait, je suis célèbre au Bénin, dans mon pays, je suis très célèbre.
Mais en France, c'est vrai que des fois, je suis dans les transports, les gens me disent, mais monsieur, on ne vous voit plus, pourquoi vous n'êtes plus sur les quai ? C'est une sorte de célébrité aussi. J'ai fait tous les pays dont j'ai rêvé, tous les pays où j'ai envie d'aller jouer. Comme je l'ai cité tout à l'heure, les États-Unis, la Chine, Shanghai, même le Canada.
Je vais à Montréal, Québec, etc. Donc pour moi mes objectifs sont atteints.
Avec quel artiste aimerais-tu collaborer si l’occasion se présente à toi ?
S’il y a des artistes avec qui j'aimerais et j’aurai bien voulu collaborer, en thème d'album ou un thème de musique, ce sera vraiment Koffi Olomide, Fally Ipupa et Maître Gims.
En fait, il faut dire que j'aime beaucoup la musique congolaise et dans toutes ses variétés.
Quel message pourrais-tu donner à un jeune qui voudrait aussi débuter son aventure dans les stations de métro ?
Si j'ai un message à passer aux jeunes, c'est de leur dire simplement de travailler. Parce qu'il n'y a pas de mystère. Même quand on a un don, il faut travailler le don. Il faut s'accrocher, il faut avoir le courage.
Hermann Kevin



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